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La maternité imparfaite

Je pensais jamais écrire ça un jour, mais le moment le plus difficile de ma vie, ben c’est quand je suis devenue maman. 

C’est tellement paradoxal parce que devenir maman, c’était le but de ma vie.  C’était au top de mes valeurs, de mes objectifs.  Depuis que je suis toute petite, je veux devenir maman et  je peaufine ce rêve depuis ce temps.  “Quand je serai maman, je ferai ceci…” “En tout cas quand je serai mère, je ne ferai certainement pas ça…” “Quand j’aurai un enfant, c’est sûr qu’on fera ceci ensemble…” Sans m’en rendre compte, je me suis construite une vision plus que parfaite de la maternité et de la parentalité.  Un idéal tellement inaccessible, tellement irréaliste qu’il était évidemment voué à l’échec.  Je ne m’en étais pas rendu compte parce qu’il s’est construit par petit bout, de temps en temps, au gré des contacts que j’ai eu avec les familles autour de moi.  

Sauf que… 

Quand tu deviens maman, une vraie, c’est tout en même temps!  C’est le cœur qui déborde d’amour pour ce bébé que TU as construit et qui a grandi à l’intérieur de TOI!  Juste se remettre de ça, ça prend un petit bout de temps!  C’est l’envie et le fantasme de bercer ton bébé doucement toute la journée en l’allaitant au besoin et en admirant ses longs cils, ses petits doigts parfaits, sa bouche de bébé entrouverte que tu te retiens de ne pas mordre tellement que ton amour pour ce petit être humain est fort!  Sauf que tu peux pas faire ça toute la journée parce que: 

Il faut ben se laver quelques fois par semaine et se laver après avoir accouché, c’est pas de la tarte!  

Il faut ben aller aux toilettes aussi.  Et ça non plus, c’est pas simple après un accouchement… je passe ici les détails graphiques de la situation!  

Il faut ben, s’habiller, manger, boire, dormir!  Dormir… ça non plus on n’en parlera pas pour le moment.  

La suite plus tard. Mais en attendant…dis-moi, est-ce qu’il a des choses que tu ne pensais pas trouver aussi difficile quand ton premier bébé est arrivé?  Est-ce que tu t’es déjà sentie dépassée par ce petit être d’amour que tu as créé? 

En fait, c’est qu’un bébé, c’est exigeant.  Mais VRAIMENT exigeant là.  Et la vérité, c’est qu’il va passer avant toi, tout le temps.  Aussitôt que j’avais déposé Albert, mon premier garçon, dans ma tête je me disais: “bon!  Enfin du temps pour moi!”  Et quand j’y repense, ce n’était pas nécessairement du temps pour faire de la lecture ou de la peinture qui me manquait, c’était du temps pour suivre mon rythme à MOI.  Manger quand moi j’ai faim, pas quand j’ai le temps de manger.  Dormir quand MOi je suis fatiguée (ok… on est tout le temps fatiguée avec un bébé, ça compte pas!) Avoir du temps pour me demander ce que j’ai envi ou ce que je devrais faire.  Avoir le temps de prendre soin de moi. 

Poser une question ou mettre un appel a l’action Savais-tu que c’est possible à la fois d’aimer son enfant de toutes les fibres de ton corps et en même temps avoir envie de ne plus l’entendre faire un seul son et ce, dans la même minute?  

Savais-tu que si tu as besoin d’un endroit sécuritaire où tu peux nommer tout ça? 

C’est vraiment toute une expérience d’avoir un bébé.  L’entourage joue pour beaucoup.  Moi, j’étais souvent toute seule, j’imagine que ça n’a pas aidé.  Mais c’est aussi ce qu’on entend de notre entourage qui a un gros impact sur nous. “Reposes-toi, c’est important!”  “Laisses-le pas pleurer!” “Penses-tu que tu as assez de lait?” “Oublie pas ton couple là-dedans, ya pas juste le bébé!” “Tu devrais dormir quand lui dort!” “Tu devrais peut-être lui donner une bouteille…” “Il faut prendre l’air une fois par jour, c’est important!” etc. 

On rajoute à ça les hormones qui font du bungie, l’image de soi qui est à son plus bas… mon beau petit parfait Albert avait beau être la 7ème merveille du Monde, il ne réussissait pas à lui seul à faire le contrepoids de tout ça.   

J’ai vécu ça toute seule, parce que j’avais honte de ne pas rayonner de bonheur.  Même mon psy de l’époque avait minimisé comment je me sentais en me rappelant combien l’important c’était “d’avoir un beau bébé en santé”!  Parce que j’ai vécu ça toute seule, ça m’a pris des années à m’en remettre.  À me convaincre (et me croire!) que ce n’était pas égoïste de vouloir prendre soin de moi, que je n’étais pas une extra-terrestre parce que des fois, j’étais tannée d’entendre mon bébé pleurer et que j’aurais tout donné pour un 5 à 7 avec des adultes!  

J’ai réalisé combien le monde de la maternité est à l’image des films dans le fond, romantique.  J’ai réalisé que ce monde si beau est rempli de tabous et de non-dit qui enferment les femmes dans la solitude.  Peut-être ne suis-je pas la seule à m’être sentie comme ça. 

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