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Moi, Multipotentielle ?

 Aujourd’hui, je fais mon coming out, je suis une multipotentielle de haut niveau.  

Ça a l’air élitiste dit comme ça, peut-être même un brin prétentieux, et pourtant!  Ça m’en a pris du temps avant de commencer à accepter cette étiquette.  Je vous raconte?  (De toute façon c’est moi qui écris, je fais bien ce que je veux!) 

Il était une fois, une petite fille rondelette et curieuse, appelons-là, Daphnée. (J’ai toujours trouvé que Daphnée, c’était un nom destiné à de grandes choses.  Une Daphnée, loser… impossible!)

Sa maman, elle, l’appelait R2D2 ( référence Star Wars  ici.  Si tu ne sais pas qui est R2D2, je t’invite à revenir quand tu auras ajouté ce morceau d’anthologie cinématographique à ton répertoire personnel. ;-)).  Pourquoi R2D2?  Parce que tel un robot emmagasinant le plus de données possibles, elle posait toujours des questions!  Ceci exaspérait souvent son entourage car ses questions dérangeaient par leur franchise.  Malgré cela, Daphnée ne pouvait s’empêcher de poser des questions. Elle ne comprenait pas comment ces adultes pouvaient tolérer de ne pas comprendre les raisons fondamentales de leurs actions, leurs décisions, leurs constructions, etc. 

Rapidement, Daphnée s’est sentie différente des autres enfants.  Elle n’était pas intéressée par les mêmes choses qu’eux, trouvant leurs blagues et leurs jeux insignifiants.  Daphnée était très sensible à ce qui se passait autour d’elle et détectait rapidement si un conflit flottait dans l’air.  Daphnée détestait les conflits!  Elle les fuyait comme la peste car elle se sentait extrêmement démunie devant eux, presqu’en danger!.   

Puis un jour, Daphnée cesse de poser des questions.  

Parfois, quand un sujet l’enflammait, la vraie nature de Daphnée refaisait surface.  Alors, ses employeurs la voyaient comme remettant en question leur autorité, leurs décisions.  Évidemment, ça lui a valu quelques problèmes!  Mais Daphnée étant habituée à trouver des solutions aux problèmes, s’en est toujours bien sortie.  

Un jour, elle entendit quelqu’un parler de multipotentialité.  Piquée dans sa curiosité, il n’en fallait pas plus à Daphnée pour se renseigner sur le sujet.  Ce dont cette femme, cette Marie-Multi parlait, on aurait dit qu’elle parlait de Daphnée elle-même!  

  • Avoir 300 000 idées par minute;
  • Être hypersensible;
  • Faire des liens entre plusieurs choses plus rapidement que la majorité des gens;
  • Se sentir différente, exclue, à part…

En bonne R2D2, Daphnée a poussé ses recherches plus loin, vers d’autres visions de la multipotentialité:

  • Cerveau atypique, pensée en arborescence (hum… ça fait autiste ça, non?)
  • Difficulté à organiser sa pensée, son environnement (oui mais, c’est parce que…)
  • Indécision, instabilité, immaturité (heu… NON!)
  • Hypersensibilité pouvant biaiser le jugement (PARDON??? Mon jugement n’est PAS biaisé, MADAME!)

Tout ça ressemblant davantage à un diagnostic psychiatrique qu’à un super pouvoir, Daphnée décida de laisser tomber la multipotentialité, tout compte fait.  

Le problème c’est que, la multipotentialité (compte combien de fois il y a le mot “multipotentialité” dans ce texte!), ce n’est pas une mode qu’on choisit de suivre ou pas.  C’est un constat biologique. 

Le problème, c’est aussi que la façon dont Marie-Multi parlait de multipotentialité rejoignait la partie que Daphnée avait enfouie au plus profond d’elle-même durant toutes ces années.  Même si elle tenta de tourner le dos à la multipotentialité, la multipotentialité et Marie-Multi, elles, semblaient déterminées à la poursuivre.  Daphnée les voyait partout!  Une vraie conspiration!  

Habituée de se débattre, Daphnée décida de combattre le feu par le feu et s’inscrivit, sur un coup de tête, à un des programmes de Marie-Multi, coach en multipotentialité.  Marie-Multi se disait convaincue que Daphnée était une multipotentielle jusqu’au bout des ongles. Daphnée, elle, souriait poliment à ces commentaires tout en se disant qu’elle n’était pas comme ces femmes qui peuplaient cette cohorte.  Daphnée n’était pas perdue, elle savait où elle allait dans la vie.  Daphnée n’était pas changeante, elle était stable depuis des années et en était fière!  Tout le long de la cohorte, elle garda ses distances et se conforta dans l’idée qu’elle n’était  PAS multipotentielle.  Elle n’était pas comme ELLES!  

Puis, la semaine précédent la fermeture du programme, elle comprend enfin.  Tous les morceaux s’emboîtent et elle constate que tout ce dont elle se défend d’être depuis des mois, c’est ce contre quoi elle se bat depuis qu’elle est toute petite.  

Elle-même.  

On lui a appris que ses caractéristiques de Multi étaient dérangeantes, décevantes, fatiguantes.  Alors, résiliente comme seule une multi de haut niveau peut l’être, elle s’est adaptée, modelée, à ce qu’elle croyait devoir être dans cette société qui est parfois si rigide et bornée.   

Depuis ce jour, Daphnée s’assume chaque jour davantage comme multipotentielle et continue de suivre les enseignements de Marie-Multi, telle une apprentie Jedi (voir parenthèse #3 plus haut…) en quête de la maîtrise de cette force incroyable qu’elle possède.  

Fin 

Donc, en résumé, Être multi c’est: 

  • Avoir 300 000 (c’est  mon nombre absolu, 300 000 pour remplacer le mot “beaucoup” qui est bien trop vague!) par minute sur plein de sujets souvent n’ayant aucun rapport entre eux. 
  • Avoir envie de réaliser 1500 projets par jour, tous en même temps.
  • Avoir souvent de la difficulté à suivre le rythme de ses propres idées.
  • Avoir de la difficulté à dormir parce que sa tête continue son marathon d’idées peu importe l’heure.  
  • Se sentir parfois (souvent!) paralyser devant des choix simples qui deviennent vite compliqués en l’espace de quelques secondes quand on se met à les analyser.  
  • Ressentir de la frustration face à ses limites qui nous empêche d’aller au bout de nos idées, de nos projets.  
  • Avoir compté 15 fois le mot “multipotentielle” (excluant celui-ci) jusqu’à maintenant dans ce texte. 
  • Être facilement (sur)stimulé par les discussions et les échanges sociaux.  
  • Se sentir agressé par des stimuli sensoriels que l’on perçoit souvent avec beaucoup trop d’intensité.  
  • Avoir de la difficulté à être dans la nuance, peu importe le domaine de notre vie.
  • Avoir de la difficulté à ralentir et prendre du temps pour soi de peur d’être envahie par les émotions.  
  • Avoir tendance à écrire des textes beaucoup trop longs, remplis de parenthèses attestant du nombre d’idées par minute qui traversent notre esprit.  

Pis toi, es-tu multi? 

P.S. Si tu as ressentie l’irrésistible besoin d’aller vérifier s’il y a bel et bien quinze fois le mot “multipotentielle” dans mon texte, peut-être que ce mot s’applique aussi à toi!  😉 

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